La prostitution juvénile, surtout celle impliquant des garçons, a déjà été une activité visible. Les lieux comme le Complexe Desjardins, le parc Lafontaine, le terminus Voyageur, pour ne citer que ceux là, étaient fréquentés par des jeunes hommes qui ne se gênaient pas pour afficher leurs couleurs et pour solliciter des clients. À cette époque, les réseaux clandestins de prostitution juvénile existaient déjà. C’est d’ailleurs par leur existence dévoilée à coup d’articles de journaux que les citoyens ont commencé à réaliser l’ampleur du phénomène.
À la fin des années 1980, la prostitution juvénile devenait un phénomène de plus en plus clandestin. Deux facteurs, au moins, peuvent expliquer cette situation : d’une part, la répression policière et la répression sociale sont venues à bout de cette prostitution juvénile visible. La rue a changé de statut. D’un espace de socialisation et d’immersion pour plusieurs catégories de jeunes, elle est devenue un espace de circulation. Les centres-villes sont devenus des lieux ayant plusieurs sections fonctionnelles et pour employer l’expression de Michel Parazelli, il s’agit d’un « dispersement par rassemblement fonctionnel ». Résultat de cette « réussite », les jeunes ont fui les lieux accessibles pour se retrouver de plus en plus dans les réseaux. D’autre part, les services d’escortes, de salons de massage, et de danses érotiques sont devenus plus attrayants pour les jeunes qui pratiquent la prostitution. Il faut aussi compter sur la technologie qui a évolué de façon exponentielle depuis la fin des années 1970. Des avertisseurs et des lignes érotiques, on a passé au téléphone cellulaire, à l’internet et aux indispensables iPod et autres iPhones.
L’étiquette sociale attachée à ces pratiques (escortes, danse, massage) ne portent pas autant préjudice que celle de prostitués-es. Il est en effet plus facile et plus valorisant de se définir comme escorte, danseur ou danseuse que de se qualifier de prostitué-e de rue. Il faut noter, en passant, et cela est très important, que ces différences de statuts constituent l’un des outils utilisés par les recruteurs. En effet, c’est plus facile de recruter une jeune fille en lui parlant d’une carrière de danseuse ou d’escorte.
De nos jours, l’espace virtuel prend de plus en plus de place dans le domaine des services sexuels, c’est à dire de la prostitution. La sollicitation sur le web est une réalité nonobstant les interdits et les règlements affichés par les propriétaires de différents sites. Les jeunes qui profitent de ces réseaux affichent leur profil avec multiples détails et les clients, à l’affût, n’ont aucune difficulté à les repérer. Le système est ingénieux parce qu’il permet aux clients de vérifier les qualités du modèle avant de l’inviter dans une « chambre privée » moyennant quelques dollars payés aux détenteurs des sites qui redistribuent l’argent collecté. Cela n’est rien devant les multiples sites de rencontres où il faut être dupe pour ne pas saisir la subtilité de certaines offres. Cette nouvelle façon — qui dure depuis déjà un certain temps — de rencontrer des clients vient s’ajouter à d’autres moyens sophistiqués de faire de la prostitution.
L’intervenant, s’il veut continuer à travailler dans ce domaine, n’aura d’autre choix que de se présenter lui-même comme intervenant virtuel. Ainsi, il pourrait aider, conseiller et référer plusieurs jeunes qui auront envie d’échanger sur leur relations sociales, familiales et amoureuses.
Jacques Moïse, Bsc. DESS
Psychothérapeute professionnel
Membre de la Société Québécoise des Psychothérapeutes Professionnels-es
Coordonnateur du PIAMP

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