Itinérance, toxicomanie et santé mentale chez les jeunes de la rue

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Un texte de Jacques Moïse, B. sc. DESS¹
Consultant (Centre de Consultation Saint-Laurent)
Coordonnateur du PIAMP (Projet d’intervention auprès des mineurs-es prostitué-es)
Auteur et Conférencier

Mythes et préjugés

Le dernier quart du XXe siècle témoigne d’une suite d’événements significatifs qui ont eu des impacts importants sur les façons de vivre de nos sociétés et cela à l’échelle mondiale. Premièrement, les grandes récessions écono­mi­ques qui ont servi de prétextes à nos diri­geants pour se repositionner sur le rôle de l’État Providence. Désormais, le mot d’ordre est d’économiser à tout prix quitte à sacrifier des pans entiers de programmes sociaux. Les parte­nariats public-privé font l’objet d’études et d’analyses qui inquiètent plusieurs.

Deuxièmement, l’avènement de la pandémie du VIH qui a changé en profondeur nos mœurs sexuelles. Les peurs qu’on entretenait vis-à-vis certains groupes comme les prostitué-es, les homosexuels, les toxicomanes et les itinérants se sont renforcées. L’urgence de se protéger et de protéger les autres est, en partie, à la base des politiques qualifiées de réduction des méfaits. La distribution de condoms, de seringues et de substances de substitution comme la méthadone, sans s’y restreindre, constitue l’essentiel de cette politique. Troisièmement, la désinstitutionalisation des hôpitaux psychiatriques s’est réalisée sans grande conviction et parfois de façon chaotique. Plusieurs désinstitutionalisés se sont retrouvés dans la rue et sont devenus potentiellement des itinérants.

Les constats rattachés à ce qui précède sont : premièrement, le retour à la charité chrétienne, comme modèle, en soutien à l’État Providence. Deuxièmement, les individus de certains groupes marginaux et marginalisés sont désor­mais perçus comme des facteurs de risques de contamination. De plus en plus de recherches épidémiologiques sont mises en place pour comprendre et analyser le comportement des jeunes de la rue et autres populations marginalisées. Troisièmement, le manque d’in­ves­tissement de l’État dans le processus de désinst­itutionnalisation a forcé les citoyens à trouver eux-mêmes des solutions à leurs problèmes et à se regrouper dans des organismes communautaires qui souvent opèrent dans une précarité et une constante insécurité.

Les conséquences de ce qui précède sont l’appauvrissement graduel et constant des populations marginalisées et une grande détresse psychologique chez leurs membres. Les plus démunis de notre société se tournent de plus en plus vers des comportements de débrouille. Les plus jeunes s’adonnent à la mendicité, font du « squeegee », vendent de la drogue et font de la prostitution. Pour certains, la rue représente un refuge et l’itinérance une forme de vie. Mythes et préjugés entourent ce phénomène en lien avec la toxicomanie et la santé mentale. Qu’en est t-il exactement? Pour répondre à cette question, il faudrait d’abord s’entendre sur la notion d’itinérance chez les jeunes de la rue et saisir dans quelle mesure certaines croyances associées à ce phénomène s’avèrent plus ou moins fondées. Il s’agit ensuite de comprendre le rapport entre itinérance, santé mentale et toxicomanie chez ce même groupe et mettre en lumière la part de mythes et de préjugés associés à ces liens et saisir dans quelle mesure, ils contribuent à ostraciser ces groupes de jeunes.

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¹Paru originalement dans la revue L’Intervenant – avril 2006 – vol. 22 no. 03

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