Itinérance, toxicomanie et santé mentale chez les jeunes de la rue (page 3)
Quand la rue devient de plus en plus hostile aux jeunes itinérants
De nos jours, la question du nombre de jeunes itinérants dans les rues du centre-ville de Mon-tréal est un sujet délicat auquel fait face des intervenants et des travailleurs communautaires. Pour plusieurs, la réalité a complètement chan¬gé. Pour Sylvain Kirouac, de l’organisme l’Ano-nyme, qui travaille depuis plus de quinze ans dans ce milieu, l’espace urbain n’est plus ce qu’il était : « c’est un mythe que de prétendre que les rues du centre-ville de Montréal sont bondées de jeunes et de moins jeunes itinérants. À partir de 2000, on a commencé à observer une désertion de la rue par ces derniers. Aujourd’hui, ils sont vraiment une poignée, toujours les mêmes qui font appel à nos services. Cependant, il ne faut pas se tromper et interpréter l’absence de ces jeunes comme leur non existence. Tout au contraire, ces jeunes ont trouvé des moyens de survie différents que ceux de la rue. Ils vivent à plusieurs dans des endroits exigus. Certains font de la prostitution dans des lieux que seuls eux connaissent. Seuls certains travailleurs désireux de continuer de partager un parcours s’aventurent sur ces terrains avec tous les risques que cela peut comporter. » La rue de nos jours est tristement vide et vidée de ceux qui, il y pas si longtemps régnaient sur cet espace tout en défiant les faiseurs de normes. Alors que s’est t-il passé? Plusieurs facteurs expliquent cette désaffectation : la répression policière qui en a lassé plus d’un; l’aide ou la « sur aide » des jeunes qui sont devenus de plus en plus « frileux, physiquement et psychol¬ogiquement », et qui n’ont pas, comme leurs aînés, appris à défier le temps et l’espace. Ces propos sont répétés et corroborés par plusieurs intervenants du Centre-Ville. Ils insistent pour qu’on comprenne bien que cette absence de la rue ne s’apparente pas à la non existence de ces jeunes, de leur misère, et surtout de leur isolement. L’itinérance a seulement changé de lieux et de visages.
Santé mentale et itinérance
Dans un rapport de 1987, le comité des sans-abris de la Ville de Montréal énonce plusieurs critères qui définissent l’itinérant. Parmi eux, « Est une personne itinérante, celle qui a des problèmes de santé mentale, d’alcoolisme et-ou de toxicomanies et-ou de désorganisation sociale. » Sans nier l’importance de cette définition, il faut être conscient de son potentiel de construire des préjugés. Il n’est assuré que tous les jeunes qui vivent des conditions d’itinérance ont tous des problèmes de toxicomanie, de santé mentale et de désorganisation sociale. Plusieurs ont vécu l’itinérance de manière passagère. C’est un mythe que de croire que la condition d’itinérant est irréversible. Bon nombre d’entre eux quitteront la rue pour s’or¬ga¬niser autrement. La croyance de « l’itinérant un jour, itinérant toujours » n’est pas fondée. De plus, la santé mentale n’est pas une notion statique. Il est préférable de parler de la sévérité d’un trouble mental qui peut être diagnostiqué comme léger, moyen ou sévère. Ces jeunes n’ont pas tous des troubles sévères de santé mentale.
