Itinérance, toxicomanie et santé mentale chez les jeunes de la rue (page 4)

Itinérance et toxicomanie

Le lien entre l’itinérance et la toxicomanie est établi et plusieurs experts prétendent que tous les itinérants sont polytoxicomanes. Ils sont de gros consommateurs de drogues dures. Dans mon recueil (psychotropes et jeunes de la rue), je prétends que cette affirmation devrait être nuancée. Le jeune dans la rue ne consomme pas automatiquement la substance qui se présente à lui malgré sa grande disponibilité. Il est faux de prétendre qu’il n’existe pas de jeunes de la rue qui ne soit pas accroc à une drogue dure. Ces derniers, comme le reste de la société, ont le réflexe de rester en vie et quand une consommation devient problématique, ils sont en face des mêmes questionnements que monsieur et madame tout le monde. Dans le rapport d’étape numéro 2 « sur l’hépatite C et les facteurs psychosociaux associés au passage à l’injection chez les jeunes de la rue » dont la chercheure principale est Élise Roy, « la majorité des participants-es (78%) ont l’intention très élevée d’éviter de commencer à consommer des drogues par injection (intention élevée : score de 5 sur une échelle de 5 points). Par contre, 22% des participants-es sont moins positivement certains de leur intention (intention modérée à faible : score de moins de 5 sur une échelle de 5). Dans cette désaffectation des milieux de la rue dont il a été question précédemment, il faut reconnaître que ceux qui sont restés dans la rue sont en grande partie des consommateurs de drogues dures, particulièrement l’héroïne.

Les itinérants rêvent aussi

Certaines histoires d’itinérants ne correspondent pas toujours avec l’image qu’on s’en fait généralement. Des jeunes de la rue qui ramassent de l’argent pour se payer des voyages en Europe sonnent faux dans la partition qu’on veuille bien entendre. Des jeunes qui changent de pays pour « squatter » ailleurs, à Barcelone ou ailleurs ne constitue pas une légende urbaine ou un mythe. Il en existe plus d’un. Les parcours d’itinérance ne se limitent pas seulement aux classifications que nos savantes recherches d’experts produisent. Comme le dit le rapport du RAPSIM « derrière chaque itinérance, il y a une histoire de vie particulière » et j’ajouterai que derrière chaque individu qui vit des situations d’itinérance, de santé mentale et de toxicomanie, il y a un parcours particulier, des rêves et des désirs qui sont souvent noyés dans nos statistiques et dans nos interventions.

Bibliographie

Aranguiz et Fecteau (L’errance urbaine) dans RAPSIM (2003, Comprendre l’itinérance)

Comité des sans-abris de la Ville de Montréal : Rapport 1887 dans RAPSIM (2003, Comprendre l’itinérance)

Coté M. M (1988) dans Parazelli, M. (1997, Pratiques de « socialisation marginalisée » et espace urbain : le cas des jeunes de la rue de Montréal)

Moïse, J. (2002, Adolescence, initiation et prostitution, Éditions du Mistral)

Moïse, J (2000, Psychotropes et jeunes de la rue)

Parazelli, M (1997, Pratiques de « socialisation marginalisée » et espace urbain : le cas des jeunes de la rue de Montréal)

Roy, E (2003, L’hépatite C et les facteurs associés au passage à l’injection chez les jeunes de la rue)