Selon un rapport présenté le 16 septembre dernier au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, les sites internet présentant des photos à caractère pédopornographique ont plus que quadruplé depuis 2003 !!! Selon l’UNICEF, il y aurait aujourd’hui plus de quatre millions de sites internet présentant des photos de jeunes mineurs, y compris des enfants de moins de deux ans !
Vous avez bien lu. On ne s’étonne plus de rien, même des travers les plus sordides de l’humanité. Et qu’en est-il de de la cupidité humaine ? … car tout ça c’est une question de gros sous: entre 3 et 20 milliards de dollars annuellement, selon le rapport de l’ONU. Ainsi, plus de 200 nouvelles images seraient quotidiennement mises en circulation. Le plus révoltant, c’est que les scènes sont de plus en plus violentes et explicites: esclavagisme sexuel, viols brutaux, sexe oral et anal, et j’en passe — plus de 80 p. 100 des images impliquant la pénétration.
Le rapport de l’ONU évalue entre 10.000 et 100.000 le nombre de mineurs victimes des réseaux de pornographie (83 % d’entrent eux auraient 12 ans ou moins) et à plus de 700 000 le nombre de pédophiles connectés en permanence sur internet. Aux Etats-Unis, une étude du centre national des enfants disparus et exploités, a démontré que 83% des visiteurs de sites pédophiles possèdent des images d’enfant âgés de 6 à 12 ans, 39% d’entre eux collectionnent des photographies de mineurs âgés de 3 à 5 ans et 19% des « cyberpédophiles », possèdent des images mettant en scènes des jeunes enfants de moins de 3 ans.
Les « chats » (sites de clavardage et messagerie instantanée) sont particulièrement attrayants pour les pédophiles désirant passer à l’action et entrer en contact avec un enfant avec qui ils discutent dans l’anonymat, de préférence à l’insu des parents.
Afin de mettre un terme à cette situation et mieux protéger les victimes, Mme Najat M’jid Maala, rapporteur spéciale de l’ONU, recommande à chaque État d’adopter la définition de l’enfant comme étant un «être humain en dessous de 18 ans». Elle appelle également à plus de collaboration entre les pays qui sont invités à partager les informations qu’ils collectent pour intercepter plus rapidement les délinquants sexuels. Il en est aussi de la responsabilité de chaque internaute de dénoncer les sites en questions.
Au Canada, l’ombudsman fédéral recommande des changements pour lutter contre l’exploitation sexuelle des enfants facilitée par Internet. Dans son rapport intitulé Chaque image, chaque enfant et publié le 2 juin dernier, l’ombudsman formule neuf recommandations au gouvernement fédéral sur la façon d’aborder la question difficile de l’exploitation sexuelle d’enfants facilitée par Internet.
- déposer un projet de loi pour obliger les fournisseurs de services Internet à transmettre le nom et l’adresse des clients à la police;
- obliger les fournisseurs de services Internet à conserver les données et l’historique de navigation sur Internet des clients pendant des périodes plus longues afin que les éléments de preuve ne soient pas détruits;
- faire en sorte que le refus de divulguer un mot de passe ou un code de cryptage à la police pendant une enquête soit considéré comme un crime.
« Pour lutter contre ce problème, il faut d’abord donner aux autorités policières les outils dont elles ont besoin pour enquêter rapidement et efficacement sur les cas, a déclaré Steve Sullivan, l’ombudsman fédéral des victimes d’actes criminels. Il est certes important d’arrêter les contrevenants. Toutefois, il est essentiel de comprendre que chaque cas nous donne aussi la possibilité d’aider un enfant souffrant d’une exploitation odieuse, qu’il s’agisse d’une agression directe ou de l’humiliation et la honte de savoir que ses images circulent dans Internet. »
- Chaque image, chaque enfant encourage également le gouvernement fédéral à appuyer l’accroissement des efforts déployés pour trouver et aider les jeunes victimes figurant dans les images.
Le rapport comprend notamment les recommandations suivantes :
- augmenter la capacité du Centre national de coordination contre l’exploitation des enfants de la Gendarmerie royale du Canada d’identifier et de secourir les jeunes victimes figurant dans les images;
- financer la recherche sur les répercussions de l’exploitation sexuelle d’enfants facilitée par Internet sur les jeunes victimes;
- aider plus efficacement les jeunes victimes au moyen de centres d’appui multidisciplinaires qui sont adaptés à leurs besoins.
« Ces enfants éprouvent une souffrance additionnelle, a expliqué M. Sullivan. Non seulement ils sont agressés, mais en plus, ils ont peur et se sentent humiliés parce qu’ils savent que la preuve de cette agression est distribuée partout dans le monde et pourrait refaire surface à n’importe quel moment. Voilà pourquoi il est si important de soutenir les victimes. Les centres d’appui aux enfants représentent une solution à cet égard. Ils offrent un service incomparable aux jeunes victimes. De plus, la recherche révèle que ces centres sont avantageux sur le plan monétaire et permettent d’augmenter le nombre d’accusations et de plaidoyers de culpabilité et d’obtenir un taux de condamnation plus élevé. »
- Enfin, Chaque image, chaque enfant incite le gouvernement fédéral à adopter des mesures plus vigoureuses pour mettre un terme à la détresse et à la revictimisation dont les enfants souffrent lorsque les images sont distribuées. Ainsi, le rapport propose que le gouvernement impose des règlements plus sévères sur la façon de communiquer les éléments de preuve à l’avocat de la défense et qu’il oblige les fournisseurs de services Internet à bloquer l’accès aux sites contenant des images d’enfants exploités sexuellement.
Au Canada, le Manitoba a déja modifié sa Loi sur les services à l’enfant et à la famille pour y inclure un Règlement sur l’obligation de signaler les cas de pornographie juvénile. Au Québec la Loi sur la protection de la jeunesse oblige déjà tout citoyen à signaler tout cas d’enfant dont la sécurité et le développement sont compromis, ce qui inclut bien sûr la pornographie enfantine.
Pour terminer, je vous propose la lecture d’un article trouvé sur le site lematin.ch qui titre: Quel risque de récidive pour les amateurs d’images pédophiles? Les conclusions de cette étude sont à l’effet que les hommes arrêtés pour avoir téléchargé des images mettant en scène du sexe avec des enfants rechutent peu et que les consommateurs de cette pornographie enfantine ne passent pas forcément eux-mêmes à l’acte. Le service de coordination de la lutte contre la criminalité sur Internet (SCOCI) ne conteste pas ces conclusions mais tient à les nuancer, la situation ayant passablement évolué au cours des dernières années (l’étude se base sur des données datant de 2002). Je reviendra sur cet article prochainement.
Références
L’ombudsman fédéral recommande des changements pour lutter contre l’exploitation sexuelle d’enfants facilitée par Internet, Bureau de l’ombudsman fédéral des victimes d’actes criminels, juin 2009. Voir aussi le communiqué de presse paru sur marketwire.
Rapport présenté par Mme Najat Maalla M’jid, Rapporteuse spéciale sur la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants
Conseil des Droits de l’Homme, Neuvième session, août 2008.
Rapport présenté par Mme Najat M’jid Maalla, Rapporteuse spéciale sur la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants; Additif MISSION EN ESTONIE, Conseil des Droits de l’Homme, Douzième session, juillet 2009.
Quel risque de récidive pour les amateurs d’images pédophiles, lematin.ch, 8 août 2009.