Historique

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Historique 2018-06-14T16:50:03+00:00

Le PIaMP, c’est plus de 35 ans d’expertise en travail de milieu dans la communauté montréalaise. Voici l’histoire de notre organisme et nos grandes réalisations par décennies à travers les différents contextes sociaux.

Une histoire à raconter

L’organisation de tables rondes avec les jeunes pour démystifier le phénomène de la prostitution et les tables de concertation avec les organismes partenaires font toujours activement partie de nos actions en 2018.

Le 11 avril 2018, à la veille de notre événement 35e anniversaire, trois anciens du PIaMP se sont prêtés au jeu pour mesurer les impacts de notre organisme d’hier à aujourd’hui et pour mettre en lumière ce que le PIaMP a apporté de différent au sein de la communauté.

Étaient présents autour de la table:

– Stéphanie Ricard, directrice du PIaMP

– Gilles Tardif, membre fondateur de l’organisme, ancien trésorier, bénévole et source infinie d’histoire

– France Tardif, chargée de projet «Récits de vie», membre du conseil d’administration ayant fait partie de différentes époques du PIaMP

– Jean-Guy Nadeau, professeur en théologie et ancien président et membre du CA au PIaMP

Lire l’histoire du PIaMP

Les années 80

Une révolution homosexuelle

Le 15 décembre 1977, la loi 88 fait du Québec la première province à adopter une loi pour la protection des personnes homosexuelles. Au courant des années suivantes, le «Village» devient le centre économique et social de la communauté gaie montréalaise, qui se regroupe de plus en plus dans cette zone du quartier Centre-sud.

Adaptation des services sociaux jeunesse

Les pionniers du PIaMP sont essentiellement des jeunes hommes pratiquant la prostitution qui ne se retrouvent plus dans les divers services offerts par la communauté montréalaise. Ils rassemblent alors différents travailleurs et acteurs importants des milieux communautaires et institutionnels pour mettre en place des services plus adaptés à leurs besoins.

Au début de la décennie, le Comité de la protection de la jeunesse (CPJ) met sur pied un groupe d’étude qui, au fil de ses recherches, met en évidence le tabou sexuel dans les services sociaux et le manque de données sur la prostitution juvénile. Tous les acteurs sociaux et judiciaires sont alors interpelés dans la production du document informatif La prostitution des jeunes, connais pas…, dans lequel on y aborde la prostitution juvénile et, pour la première fois, la prostitution homosexuelle. En septembre 1980, le CPJ octroie une subvention au Bureau de consultation jeunesse (BCJ) pour embaucher un travailleur de rue, Jacques Pector, qui explorera le milieu de la prostitution des garçons, fera la lumière sur la situation et identifiera des pistes d’intervention.

Rapidement, un noyau d’une vingtaine de bénévoles en proximité avec le milieu de la prostitution masculine se constitue autour de Pector et le groupe s’incorpore en 1982. Le PIaMP se démarque d’emblée des discours réduisant le jeune au statut de victime et occultant le phénomène de la prostitution, pour proposer une démarche d’intervention mettant de l’avant le libre-arbitre des jeunes. L’organisme constate aussi l’effet déstructurant de l’approche répressive des services sociaux sur les jeunes, qui perçoivent les interventions de ces institutions comme des obstacles supplémentaires à surmonter.

Dans le but de développer des ressources efficaces, originales et près de la réalité des jeunes, l’organisme s’affilie au BCJ pour sensibiliser, informer et démystifier le phénomène de la prostitution des mineur.e.s auprès de la collectivité et des organismes du réseau des Affaires Sociales. Un échange avec la France dans le cadre d’un programme de l’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ) permettra également d’explorer les nouvelles approches d’intervention pratiquées ailleurs dans le monde. Des membres du PIaMP sont alors délégués à New York, San Francisco et Vancouver pour explorer le terrain. Le travail de rue deviendra le nouveau mode d’intervention privilégié par le PIaMP pour son efficacité auprès des jeunes sans domicile fixe, qui échangent ou sont susceptibles d’échanger des services sexuels au Centre-ville et dans les quartiers avoisinants.

Ouverture du « drop-in »

En février 1983, le PIaMP ouvrira «Le Re-paire» sur la rue Ste-Catherine, un «drop-in» autogéré par ses bénévoles, qui deviendra une référence pour les jeunes prostitué.e.s à Montréal. Ce point de rencontre permettra aux intervenants et bénévoles d’entrer directement en contact avec son groupe d’intervention cible pour faire du parrainage et créer des activités outillant les jeunes et générant des pratiques émancipatrices. À ce moment, le PIaMP est un catalysateur de projets et «Le Re-paire» est un lieu de solidarité, d’expression et d’appartenance alternatif à la rue où la vie associative est énergique et vivante. Ce «drop in» offre un accueil et une écoute téléphonique, des services de dépannage (hébergement, nourriture, transport), une aide pour des démarches institutionnelles ainsi que des activités organisées par les jeunes fréquentant la place. La recherche, l’une des dimensions fondatrices du PIaMP, se poursuit au sein de l’organisme avec le début de la production de récits de vies livrés par les jeunes.

Les années 90

Le début d’une épidémie meurtrière

L’année de la naissance du PIaMP marque également l’année où les médecins diagnostiquent le premier cas officiel de VIH/Sida au Canada. La peur se répand au sein de la population et les groupes marginalisés (usagers de drogue, homosexuels et prostitué.e.s) sont dans la mire de la stigmatisation. Heureusement, ils ont du renfort : l’épidémie donne une nouvelle dimension à l’intervention et les méthodes alternatives se multiplient. En 1993, le travail de rue en est à une étape cruciale de son développement avec la création de l’Association des Travailleurs et Travailleuses de rue du Québec (ATTrueQ) défendant fermement la nécessité de la pratique, qui est alors reconnue comme la meilleure alternative aux institutions en cas d’intervention auprès des jeunes marginaux.

Durant cette décennie, la distribution de matériel stérile (condom et seringues) deviendra pour d’autres organismes un levier d’intervention contribuant à minimiser la propagation de l’épidémie. Les travailleurs de rue du PIaMP investiguent quant à eux les bars de danseurs, les saunas, les peeps show, les boites de nuit du «Village» et étendent leur travail dans les petites patries avoisinantes du Centre-Ville de Montréal. On tente également d’approcher les consommateurs de drogues et les jeunes marginaux, de faire de la prévention en milieu scolaire et de développer davantage de ressources dans le milieu de la prostitution.

Une génération sans nom (ni oui)

Tenu en avril 1992, le colloque Une génération sans nom (ni oui) organisé par le PIaMP est aussi un catalyseur à l’émergence de nouvelles ressources et d’organismes pour les prostitué.e.s. On se questionne sur les jeunes de la rue et leur avenir dans la société et on constate, entre autres, le glissement de la prostitution des mineur.e.s vers la marginalité. L’effet est mobilisateur et l’Association québécoise des travailleurs et travailleuses du sexe (AQTTS) voit le jour durant le colloque. Le PIaMP, médiateur aguerrit entre les adolescent.e.s qui pratiquent la prostitution, les adultes et les instances de la société, s’engage de plus en plus dans des projets ponctuels avec les jeunes en même temps que le travail avec les mineurs-es se complexifie dans un environnement judiciarisé et centré sur le concept plus catégorique de la protection de la jeunesse. Lors du colloque, l’organisme fait également la promotion du travail de rue pour son esprit égalitaire et son efficacité à rejoindre les jeunes se situant en marge des réseaux établis.

En 1996, le PIaMP remet en avant-plan la prostitution juvénile par un travail d’analyse de la prostitution des mineur.e.s dans un contexte d’occultation du phénomène lié au statut de la jeune fille dans notre société et au rejet d’un comportement jugé «barbare» dans un monde dit civilisé. Pour le PIaMP, la compréhension de la prostitution juvénile des filles fait partie de la compréhension de la prostitution des femmes et s’inscrit dans la problématique globale de la prostitution juvénile.

Naissance de la sœur du PIaMP

Plusieurs nouveaux organismes tels que RÉZO (anciennement Action Séro Zéro, faisant la promotion de la santé sexuelle auprès des hommes gais, bisexuels, cisgenres et transgenres) ainsi que le projet Stella (destiné initialement aux femmes pratiquant la prostitution dans les rues de Montréal-Centre) voient le jour durant la décennie dans cette optique de prévention du VIH.

«Une génération sans nom (ni oui)» donnera lieu à diverses rencontres qui mèneront à la fondation de l’Association québécoise des travailleurs et travailleuses du sexe (AQTTS) durant le colloque organisé par le PIaMP. Le 29 septembre 1993, une première réunion pour explorer la faisabilité d’une intervention en prévention du VIH et des autres ITSS pour les femmes prostituées de Montréal-Centre rassemble Robert Paris du PIaMP, Claire Thiboutot de l’AQTTS, Thomas McKeown de CACTUS, des membres du Centre d’études sur le sida et d’autres intervenants du milieu. Le 15 mai de l’année suivante, le PIaMP présente le projet au Programme d’action communautaire sur le Sida (PACS) et Stella, l’amie de Maimie, voit le jour. La mission de l’organisme est de soutenir les travailleuses du sexe pour qu’elles puissent vivre avec les mêmes droits que les autres citoyens, travailler en sécurité et avec dignité en leur offrant de l’information et des ressources pour protéger leur santé sexuelle, un lieu de rencontre et des ressources d’aide en adéquation avec leurs besoins. Encore aujourd’hui, des travailleuses ou ex-travailleuses du sexe participent bénévolement à titre d’intervenantes et bénévoles dans la gestion, la planification et la mise en œuvre des activités de l’organisme.

Les années 2000 à aujourd’hui

L’intervention à l’ère du numérique

À l’aube de l’an 2000, l’organisme voit son «drop-in» investi par de jeunes adultes provenant du virage de la désinstitutionalisation, en particulier, dans le secteur de la santé mentale. De jeunes marginaux de 17 à 25 ans occupent l’espace au détriment des jeunes mineur.e.s. Les alarmes et les représentations adressées aux services sociaux et de santé publique n’y changent rien: «Le Re-paire» devra être fermé. Au même moment, la société change à grande vitesse et la nouvelle génération dispose de nouveaux moyens de communications (cellulaires, internet, pagets) facilitant l’approche avec les clients, ce qui force les intervenants à adapter leur travail. L’hypersexualisation et le phénomène des gangs de rue sont au centre des débats populaires et l’inquiétude des parents est palpable.

En 2004, l’organisme fait le dur constat qu’il est de plus en plus difficile d’entrer en contact avec des jeunes mineur.e.s impliqué.e.s dans des activités de prostitution. Les jeunes prostitué.e.s n’occupent plus la rue comme avant tandis que les agences d’escortes et les salons de massage se multiplient dans la métropole et que le web devient le nouvel espace de sollicitation par excellence. L’émergence de nouveaux lieux privés, l’existence de réseaux de prostitution de plus en plus fermés et la nouvelle réalité virtuelle risquent d’isoler les jeunes et donnent du fil à retorde aux intervenants : un tournant doit être pris!

Un retour aux bases

Le PIaMP décide donc de revenir à ses fondements en réinvestissant les milieux pour saisir les nouvelles réalités. Les travaux et débats qui en résultent amènent l’organisme à adopter, en 2006, un nouveau plan stratégique centré sur l’intervention de terrain et à dynamiser l’Assemblée statutaire des membres actifs (ASMA), lieu privilégié de débats et de développement d’alternatives. À partir de 2008, le PIaMP s’engage sur le web et cherche de nouvelles stratégies pour rejoindre les jeunes.

À l’automne 2011, l’organisme tient son colloque La prostitution juvénile des filles et des garçons au Québec à l’ère des nouvelles technologies qui rassemble plus de 300 intervenant.e.s de partout au Québec. L’avenir du virtuel, la marchandisation du corps, l’hypersexualisation et la banalisation des échanges sexuels demandaient qu’on se questionne sur la prostitution juvénile à l’ère du numérique.

Par la suite, le PIaMP est marqué par le départ à la retraite de son coordonnateur après plus de 30 ans en poste. C’est à la fois une grande partie d’histoire et d’expertise que l’organisme doit recréer et réactualiser. Une toute nouvelle équipe se met en place en 2014 pour retourner aux bases de la mission du PIaMP, revoir le travail de rue au Centre-Ville et dans les quartiers avoisinants, ouvrir le dialogue avec les adolescent.e.s pour parler de prostitution et comprendre leurs besoins actuels en vue de réajuster les ressources disponibles.

En 2015, l’organisme tient deux assemblées d’orientation qui mènent aux constats suivants :

  • La gentrification des quartiers urbains provoque la dispersion des jeunes marginaux;
  • La sollicitation sur les sites de petites annonces xxx (Backpage, Humpchies, Craiglist, etc.) est largement répandue;
  • Les organismes convoitent les territoires d’intervention avec une insistance sur la réduction des méfaits au détriment d’une approche globale des jeunes;
  • Les notions d’exploitation sexuelle et de victimisation des mineur.e.s occultent la prostitution en général ainsi que le travail du sexe;
  • En général, des services ponctuels et répétitifs sont offerts par les travailleurs de proximité et de milieu, même si l’accompagnement de mineur.e.s est quasi absent.

À la veille de ses 35 ans d’existence, le PIaMP a décidé de conserver son objectif de travailler avec les jeunes de 12 à 25 ans dans un échange horizontal, réflexif, dynamique et hors de tout contexte autoritaire. Nous persistons à nous occuper de situations à caractère sexuel impliquant des adolescent.e.s et nous voulons faire en sorte que les jeunes participent à la définition de sa situation. Nous multiplions les démarches pour créer des liens avec les autres organismes québécois et nous privilégions une approche de proximité avec les jeunes. La banque alimentaire, tenue chaque mardi dans les locaux de CACTUS Montréal, est un levier nous permettant d’être en contact avec les jeunes sur une base régulière. Avec le projet Virage 2.0, le PIaMP souhaite également renouveler son image, retrouver une forte visibilité dans le milieu communautaire et auprès des jeunes impliqué.e.s dans les milieux de la prostitution.

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