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Lettre d’opinion ouverte : Prostitution des jeunes ? Parlons-en.

Lettre collective, envoyée aux médias le 06 juin 2017 pour publication.
Les signataires sont en bas de page. 


En 2017, est-il possible de parler ouvertement et franchement de la prostitution des jeunes ? De soulever les tabous et de se questionner comme société sur les enjeux qui y sont rattachés ? Il semble que de ce point de vue, les médias aient un penchant sensationnaliste pour aborder le sujet : noir, victimisant et alarmiste, oblitérant plusieurs aspects de la réalité.

Nous sommes un groupe d’organisations communautaires préoccupées, et qui appelle à la nuance !

La prostitution des jeunes, en particulier des mineures, est un sujet qui assure des bonnes côtes d’écoutes et de nombreux partages sur les réseaux sociaux. On maintient le discours de la peur, on met les parents en état d’alerte, on ignore la capacité des filles à prendre des décisions, à utiliser leur jugement. On les stigmatise en faisant toujours d’elles des victimes, et en oubliant les causes structurelles de leurs difficultés : pauvreté, isolement, estime de soi, etc.

On écarte leur identité et leurs besoins d’autonomie, de liberté, d’affiliation. Elles le disent : elles ne se reconnaissent pas dans le discours univoque des médias qui les isole de leurs réseaux sociaux, affectifs et familiaux.

La prostitution des mineurs est en fait plus complexe, plus nuancée, et aussi, paradoxalement, plus simple. C’est en mettant au centre de la conversation les paroles, les motivations et les besoins des premières personnes concernées que nous pourrons mieux comprendre et mieux agir. Celles-ci sont les expertes de leur propre vie et situation ; elles détiennent leurs vérités. Mais sommes-nous prêts à regarder la prostitution d’un point de vue plus global, dans tout son écosystème ? Sommes-nous prêts à parler aussi des clients et des tierces personnes ? Nous demandons-nous qui sont-ils/elles ? Quelles sont leurs motivations, leurs rapports à l’autre, leur santé sexuelle et affective ?

Et si certaines personnes qui offrent des services sexuels le faisaient parce que ça donne un sens plaisant à leur vie ? Si on partait de là pour réfléchir plus loin ? Quel est le parcours de vie, l’expérience, de ces jeunes personnes ? Quelles réponses trouvent-elles dans le mode de vie proposé par « Max le prince charmant » ? Est-ce que la quête de l’amour, de la reconnaissance, du luxe, ne prendrait pas racine dès la tendre enfance ? Dans les rapports parent-enfant ? Dans les films de Disney ou dans les vidéos sur YouTube ? Dans la publicité, dans les stéréotypes sociaux, dans les rapports de pouvoir ? Pourrions-nous réunir des jeunes et leur demander ce qu’ils en pensent ?

Fondé en 1982, le PIaMP a pour mission d’intervenir auprès de jeunes qui pratiquent la prostitution ou qui sont susceptibles d’échanger des services sexuels. Nous avons une expertise significative. L’an dernier nous avons rassemblé plusieurs organismes qui travaillent auprès des personnes qui échangent des services sexuels et ce, dans une multitude de contextes, afin de mettre en commun nos expertises, discuter des différentes préoccupations et des enjeux vécus par les personnes que nous rejoignons.

Nous détenons des réponses et des pistes de solutions. Nous sommes inquiets de l’impact du traitement médiatique actuel à propos de la prostitution, celles des jeunes en particulier. Nous désirons amener sur la place publique des points de vue différents, pour que la population soit à même d’être plus critique face aux histoires de jeunes victimes ; histoires qui ne représentent pas LA réalité, toujours complexe, multifactorielle et diversifiée.

Nous existons pour venir en aide aux personnes quand elles en ont besoin, pour les accueillir de façon humaine et sensible. Nous croyons en leur capacité d’agir et à l’importance de les accompagner dans leurs réflexions et ce, eu égard de leurs pratiques prostitutionnelles. Nous représentons des acteurs importants dans la recherche de solutions. Nous sommes complémentaires aux voix constamment sollicitées. Nous désirons engager un mouvement. Nous appelons au dialogue avec les différents acteurs institutionnels et politiques. Nous demandons une équité dans les financements de nos organismes pour agir globalement, de façon concertée et en harmonie avec les besoins réels des personnes.

Ce n’est pas en restant dans notre tour d’ivoire à regarder avec peur, dégoût ou moralisme la prostitution, que nous réussirons à trouver des solutions. Cessons de nous cacher. Nous avons une responsabilité collective. Nous devons en parler et écouter les personnes concernées aussi !

Parlons de nos rapports sociaux affectifs, de consentement, de violence, de notre santé affective et sexuelle, des problèmes sociaux qui font de la prostitution un sujet tabou mais pourtant tellement présent ! Peut-être que sous cet angle, la répression, la détention et la criminalisation ne représenteront plus les seules solutions à toutes les situations !

En nous éloignant de l’arbre, nous apercevons une forêt. Pouvons-nous partir en expédition, pour vrai ? Les sacs à dos du PIaMP, de RÉZO, Macadam Sud, Head and Hands, Projet Vénus, Stella, L’Anonyme, Émissaire, AJOI et RAP jeunesse sont prêts !


Pour tout contact : Stéphanie RICARD – 438 502-1267 – piamp@piamp.net

Version PDF de la lettre d’opinion