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Technologie et sollicitation

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Clavardage sur le netUn texte de Jacques Moïse, B. sc. DESS¹
Consultant (Centre de Consultation Saint-Laurent)
Coordonnateur du PIAMP (Projet d’intervention auprès des mineurs-es prostitué-es)
Auteur et Conférencier

Dans le domaine de la prostitution juvénile, la sollicitation de rue, sans être révolue, ne constitue plus le moyen privilégié par les jeunes pour rencontrer des clients potentiels. La rue demeure le terrain de ceux qui doivent faire face à des besoins immédiats et pressants, voire urgents, comme se nourrir, manger, trouver une place pour dormir et consommer certaines substances en réponse à une toxicomanie, surtout celle induite par la cocaïne et l’héroïne. Ces jeunes sont aussi ceux qui en sont à leurs premières expériences de rue comme les fugueurs du toit familial ou d’une institution publique. Ce sont aussi ceux qui, pour la plupart, fréquentent les centres de jour et autres ressources communautaires. Souvent, ces derniers n’ont, en dehors de ce circuit, aucun ancrage social ou relationnel. Ce ne sont pas les seules avancées technologiques dans le domaine des communications qui sont responsables de la perte d’intérêt des jeunes pour la rue et les lieux publics comme endroit de sollicitation. La peur de se faire arrêter par la police, l’obligation de circuler et le profilage dans certains centres commerciaux sont aussi à la base de la désertion des lieux publics par les jeunes. Pour solliciter des clients, les plus vieux peuvent toujours se rabattre sur les ‘’peeps show’’, les saunas pour hommes et autres lieux similaires. Les jeunes mineurs ne peuvent pas sans risques fréquenter ces lieux sans s’identifier et prouver qu’ils ont 18 ans ou plus.

La prostitution juvénile, de plus en plus, s’occulte et se « réseaute ». Certains échanges sexuels contre des biens, aussi minimes soient-ils, ne sont pas considérés par les jeunes eux-mêmes comme des conduites de prostitution. Chez eux, ces activités se banalisent. Pour certains, surtout les garçons, le « pimp » est une vedette et a davantage un statut de « bad boy » que celui de tortionnaire ou d’exploiteur de jeunes filles.

L’avènement des supports technologiques de plus en plus sophistiqués comme les téléphones cellulaires, les ordinateurs portables miniatures, les iPhones et autres gadgets appréciés par les adolescents a changé la notion et le sens même de la communication entre êtres humains. Le « feedback » qu’on attend du corps de celui ou de celle avec qui on communique, son expression non verbale observable semblent de moins en moins requis comme compléments de la présence physique dans l’interaction entre deux ou plusieurs personnes chez les adolescents. Le virtuel a pris beaucoup de place. Les jeunes sont devenus dépendants de ces outils et ils les utilisent pour solliciter dans un réflexe naturel. Les réseaux sur Internet qui facilitent le contact entre les personnes sont devenus, à leur insu ou non, le principal terrain de la sollicitation. Pour certains adolescents, c’est en échangeant avec un adulte sur un « chat » qu’ils découvrent certains avantages liés à leur jeunesse et à leur apparence physique. Sur ces sites, les interdits de ne pas solliciter pour des fins de prostitution ne sont que des phrases pieuses. La réalité est tout autre puisqu’il est facile de contourner ces règles. Il devient de plus en plus facile pour un jeune de trimbaler dans un sauna son portable ou autres « bébelles » du même genre pour chatter confortablement dans sa chambrette et, de là, inviter qui il veut à le rejoindre. La prostitution juvénile est à l’heure du web et des paiements par cartes de crédit. Elle est à l’heure du « webcam » et des rapports virtuels. Le visuel a pris beaucoup de place. Il devient un support à l’imagination et à l’imaginaire. Il est moins menaçant qu’une vraie présence humaine. D’une touche de clavier, on peut effacer l’autre, mettre fin à la relation sans en subir des reproches et des conséquences. Le virtuel est un repère pour tous ceux qui ne peuvent pas communiquer face à face, il est un répit pour ceux qui ne s’estiment pas et qui ont de la difficulté à exhiber leur corps. De ce fait la population des clients s’agrandit et celle des nouveaux impliqués dans la prostitution juvénile aussi. Au fond, c’est là le terrain de la banalisation, c’est à travers le web qu’elle s’actualise, qu’elle s’articule dans ce jeu entre la réalité et une conception du virtuel.

Dans un tel contexte, comment est t-il possible d’intervenir? Cela devient certes plus difficile surtout si on tient mordicus à travailler avec des mineurs d’une part et d’autre part à rejoindre une population de jeunes plus aisés et moins en demande de services de base comme la nourriture, le logis. Ces jeunes ne viennent pas de familles dysfonctionnelles et ils répondent bien aux attentes stéréotypées des notions de réussite sociale. Cela nous oblige à réviser ou pour le moins à se rappeler l’essence même de l’acte d’intervention sociale. Elle devrait avoir pour but et pour finalité le bien être physique et psychologique de celui ou de celle avec qui on intervient. Qui s’occupe de ceux qui n’ont pas besoin de services de base et ou de besoin matériel et qui sont impliqués dans la prostitution juvénile pour toutes sortes de raisons? De ce fait, les seuls services matériels, bien qu’importants, ne suffisent pas à apaiser les souffrances et les blessures de nature psychologique et développementale. Ces jeunes aisés de l’Internet ont aussi besoin de savoir qu’ils peuvent être écoutés, conseillés, référés et au bout du compte rencontrés physiquement s’ils le désirent Les intervenants modernes doivent chercher et trouver des moyens pour rester en contact avec ceux-là, quitte à faire eux-mêmes l’expérience du virtuel. Il faut prendre le risque de faire partie de ce cercle d’échanges en espérant que quelqu’un s’intéresse à ce que nous proposons, qui somme toute est franchement différent de ce qui est offert généralement dans ce monde peuplé d’ordinateurs … et d’humains.

Jacques Moïse
1 mars 2010

Le filtrage du web favoriserait l’essor de la pédopornographie en ligne

Le commerce de la pédopornographie sur Internet de 2000 à 2010
Le commerce de la pédopornographie sur internet de 2000 à 2010

Le commerce de la pédopornographie sur internet de 2000 à 2010

Le filtrage et le « contrôle » du web est un débat qui fait rage partout sur la planète. La Chine a instauré un vaste système de contrôle de l’internet, système auquel les compagnies étrangères désireuses d’investir le marché chinois sont obligées de s’associer. Récemment, Google est revenu sur ses pas, abandonnant tout filtrage du contenu offert par son serveur chinois. Le gouvernement chinois a réagi en fermant le site google.ch. La secrétaire d’État américaine, Hilary Clinton, s’est ensuite portée à la défense d’internet et de son esprit libertaire, soulignant que les États-Unis étaient le berceau d’internet.

Les principaux arguments invoqués sont le filtrage de la pédophilie et la protection des droits d’auteur. En Australie, le système mis en place depuis quelques années a donné lieu à des ratés. La liste secrète du gouvernement a connu des fuites et fut mise à la disposition des internautes par le site wikileaks, ce qui permit de constater que cette liste ne contenait pas que des sites pédophiles, un site de dentiste y était même listé. En réponse à cette fuite, le site de wikileaks fut ajouté à la liste noire…

En Europe, le débat fait rage. La France va se prononcer la semaine prochaine sur l’adoption de la LOPPSI, la Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure. Cette loi — à ne pas confondre avec la LOPSI promulguée en 2002 — comporte plusieurs volet, dont l’un qui concerne la sécurité informatique et internet:

  • l’usurpation d’identité ou l’atteinte à la réputation de quelqu’un seront punis
  • une obligation de filtrage des adresses IP désignées par arrêté du ministre de l’intérieur
  • une liste noire des sites, non rendue publique, sera établie par l’administration, les Fournisseurs d’Accès Internet (FAI) seront quant à eux tenus de bloquer l’accès à ces sites
  • la police, sur autorisation du juge des libertés, pourrait utiliser tout moyen (physiquement ou à distance) pour s’introduire dans des ordinateurs et en extraire des données dans diverses affaires, allant de crimes graves (pédophilie, meurtre, etc.) au trafic d’armes, de stupéfiants, au blanchiment d’argent, mais aussi au délit « d’aide à l’entrée, à la circulation et au séjour irréguliers d’un étranger en France commis en bande organisée », sans le consentement des propriétaires des ordinateurs.

L’Allemagne, pour sa part, a récemment décidé d’abandonner toute velléité de contrôle du trafic internet, concluant à l’inutilité d’un tel contrôle.

C’est dans ce contexte que la parution récente d’une enquête publiée par Fabrice Epelboin, éditeur du site ReadWriteWeb, vient semer l’émoi et servir de mise en garde au législateur plutôt enclin à mousser sa cote de popularité qu’à véritablement mener la lutte aux cybercriminels. L’étude, intitulée Le commerce de la pédopornographie sur Internet de 2000 à 2010, disponible ici en format pdf, met à jour et décortique les mécanismes de mise en marché sophistiqués développés par les professionnels de cette industrie, lesquels auraient plusieurs années d’avance sur le législateur et sur les moyens techniques mis à disposition des forces policières. Une histoire qui donne froid dans le dos tout en jetant un éclairage sur le développement futur d’Internet, parallèlement à la montée du contrôle auxquels tant l’industrie que les consommateurs seront confrontés. Des lois telles que l’Hadopi et la LOPPSI en France sont donc totalement inutiles mais aussi contre-productives. En tentant de contrôler le trafic internet pour protéger les intérêts de l’ industrie de la musique et du cinéma, elle encouragera tout le monde à adopter des techniques de cryptage sophistiquées , techniques elle-même développées par une industrie de la pornographie afin de contourner les mécanismes de contrôle actuels et anticipés. Les producteurs, distributeurs et consommateurs de pornographie infantile y trouveront leur compte, se noyant dans la masse des flux de données cryptés.

Confession d’un pédophile: l’impossible filtrage du net
Confessions d'un pédophile, l'impossible filtrage du web

Confessions d’un pédophile, l’impossible filtrage du web

Le précédent ouvrage fait partie d’un ensemble de textes publiés cette semaine aux éditions In Libro Veritas, sous le titre Confession d’un pédophile, l’impossible filtrage du web. Publié par un collectif d’auteurs et basé sur le témoignage d’un pédophile, ce livre met en lumière ce que les experts disent : le filtrage du web favorisera la pédopornographie. Ce document peut être téléchargé ici, en format pdf.

Sources

Confession d’un pédophile, l’impossible filtrage du web, Collectif d’auteurs, In Libro Veritas (2010).

Les pédophiles (eux aussi) sont pour la Loppsi, Fabrice Epelboin, ReadWriteWeb (2010).

Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, Wikipedia.

Loppsi : et si le filtrage du web encourageait la pédocriminalité ? Guillaume Champeau, Numérama (2010).